La métamorphose du bassin de Latone dans les jardins du Château de Versailles.

Après 2 ans de travaux méticuleux de restauration, le Château de Versailles a inauguré le 18 mai la remise en eau de la pièce maîtresse de ses jardins : Le bassin de Latone. Plus de trois siècles après la création de ce bassin qui immortalise un épisode de la vie du dieu-soleil Apollon, l’œuvre originelle fait peau-neuve !

Un brin d’histoire

L’existence du bassin de Latone, sorti de terre au XVIIème siècle, n’a pas été un long fleuve tranquille ! Avant de connaître sa forme actuelle, où la sculpture de Latone et ses enfants est juchée au sommet d’une pyramide aquatique, ce n’était qu’un simple bassin ovale érigé dans le jardin du pavillon de chasse de Louis XIII. Louis XIV, transformant le domaine de Versailles pour lui donner toute la splendeur qu’on lui connait aujourd’hui, orne progressivement ce bassin de jeux d’eaux et sculptures dès 1667. Creusé dans l’axe de la grande perspective des jardins de Le Nôtre, qui traverse la ville de Versailles d’est en ouest, des projets d’envergures attendent ce bassin ! Grâce à l’intervention des sculpteurs Gaspard et Balthazar Marsy de 1668 à 1670 puis de l’architecte favori du roi Jules Hardouin-Mansart quelques années plus tard, la fontaine aux crapauds devient le bassin de Latone…

Ayant adopté le soleil comme symbole et s’identifiant donc naturellement à Apollon, le roi Louis XIV a souhaité figer dans le temps et sur ce bassin un épisode de l’enfance de ce dieu solaire.

La légende de Latone

Pour comprendre la scène représentée sur ce bassin, il faut rouvrir le Livre VI des Métamorphoses d’Ovide ! Prêts pour un plongeon dans la mythologique romaine ? Latone, séduite par Jupiter, conçoit deux enfants de ses amours : Apollon et Diane. Junon, la femme du roi de l’Olympe, de rage, l’oblige à un exil sans fin sur la Terre. Epuisés et affamés, Latone et ses enfants arrivent enfin près d’un étang où des paysans ramassent des algues. Les trois exilés souhaitent se désaltérer après leur long périple mais les paysans sous la houlette de Junon les en empêchent. Latone les implore de ne pas les laisser mourir de soif ! Mais rien n’y fait, les paysans refusent et remuent de leurs pieds le fond de l’étang jusqu’à ce que la vase recouvre l’eau limpide. Entrant dans une colère noire, Latone lève les yeux au ciel et implore Jupiter de les punir. A peine la malédiction proférée, les paysans se transforment en batraciens !

Et c’est cette métamorphose qu’immortalise le bassin de Latone : Dans le premier bassin qui constitue la pyramide se trouvent des tortues et des lézards, dans le second des personnages mi-hommes mi-grenouilles à différents stades de mutations, les troisième et quatrième niveaux sont peuplés de grenouilles. Et au sommet de cette pyramide de marbre, Latone et ses enfants surplombent la scène.

Par cette sculpture, Louis XIV affirme la protection divine accordée à Apollon et donc, sur lui-même, et met en garde contre les révoltes qui menacent son pouvoir.

Un chantier titanesque de restauration pour sauver ce patrimoine en péril

Vieux de plus de trois siècles, ce bassin présentait les blessures du temps qui passe. Un travail méticuleux de restauration s’emploie donc depuis deux ans à redonner la splendeur d’antan à ce patrimoine en péril. Ce chantier titanesque a été rendu possible grâce au soutien de la Fondation Philanthropia. Mobilisant de nombreuses professions, ce chantier est l’occasion de mettre en avant le travail exceptionnel des différents corps de métiers d’art : Fontainiers, tailleurs de pierre, maçons, restaurateurs de marbre et de métaux, doreurs ont mutualisé leurs savoir-faire pour redonner vie à cette pièce d’eau d’exception qui cache un véritable trésor…

Au cœur du bassin de Latone se trouve en effet une grande prouesse technique qui a traversé les âges : « L’araignée ». Ce drôle de nom est inspiré de la forme même de cette immense structure qui est en fait le réseau de canalisations du bassin qui permet d’alimenter les jeux d’eau des fontaines du parc de Versailles !

La première étape de ce long chantier a été de démonter chaque sculpture, chaque marbre, la maçonnerie et les canalisations. Il a fallu ensuite restaurer les éléments un à un en profitant de l’intervention des artisans d’arts et des ouvriers. Une timeline a d’ailleurs été mise en place sur le site internet du château de Versailles pour permettre de suivre au fil du temps les progrès de ce chantier et l’ampleur du travail à accomplir !

 

Rendez-vous à Versailles pour découvrir le résultat !